Avant les colos

Jusqu’à la guerre de 1939-45 le Trupt était une des 99 scieries qui appartenaient à Monsieur Lecuve. Pas plus de 99, car à partir de 100 scieries, il y avait obligation d’entretenir un régiment, ce qui était particulièrement coûteux.

1946 : la paroisse Saint-Georges de Nancy y organise sa première colonie. Dans l’immédiat après guerre on partait en colonie pour « respirer le bon air », manger simplement mais en suffisance.  Cela durera jusqu’en 1953. D’ailleurs, il y a obligation de peser les enfants à l’arrivée et avant leur départ. Cette pratique officielle, puisque ces poids étaient reportés sur la fiche sanitaire, durera jusqu’au début des années 1970.

En effet en juillet 1954, deux prêtres, Paul et André Jacquet y organisent la première colonie de vacances pour le Petit Séminaire de Nancy. Cela ne concerne que des garçons et on est alors proche de l’esprit scout, priorité à l’ordre et l’organisation : lever et salut du drapeau, rassemblements au carré, toilette dans la Plaine, le torrent qui traverse le site, corvées de « pluches », de vaisselle, etc. S’y ajoute une dimension religieuse : messe quotidienne pour ceux qui le souhaitent, messe dominicale obligatoire, prière matin et soir, entrée à la salle à manger en silence et « bénédicité » au début de chaque repas.

De 1946 à 1956 l’ancienne scierie ne pouvait accueillir qu’une quarantaine de colons car toute la vie quotidienne était concentrée dans ce seul bâtiment. Un dortoir unique, des sanitaires précaires et extérieurs, une salle à manger sur de la terre battue mais déjà une salle réservée aux activités pédagogiques et aux veillées, déjà considérées comme les temps forts de la journée. A ces activités d’intérieur s’ajoutaient promenades, jeux de ballons et quelques grands jeux.

Dès 1956 toute une série de bâtiments préfabriqués en bois et récupérés en Alsace s’ajoutent à l’ancienne scierie : un bâtiment chapelle, 2 grands dortoirs de 30 mètres contenant 49 lits chacun (une rangée de 24 lits de chaque côté et un lit en extrémité pour l’animateur de garde) et  2 autres chalets en bois pouvant accueillir respectivement 9 et 17 lits. Enfin l’ancien dortoir devient une salle à manger de 150 mètres carrés. Quant à l’ancienne salle à manger dont le sol est toujours en terre battue, elle accueillera 19 lits. En quelques années la structure passe à une capacité d’accueil d’environ 130 enfants. Les fondateurs ont privilégié délibérément ce choix de chalets multiples de manière à pouvoir y répartir les enfants par groupe d’âge et se donner les moyens d’une pédagogie adaptée à chaque tranche d’âge entre 6 et 14 ans. Cette option était aussi rendue possible par la taille de la structure. En effet, elle s’étendait sur plus de 2 hectares et outre les bâtiments, elle disposait alors de plusieurs espace de jeux.

1964 : Paul puis André Jacquet se sont rapprochés depuis plusieurs années de la Paroisse Saint-Martin de Malzéville et notamment d’un groupe de bricoleurs qui décide de se mettre à la disposition du Trupt. Pour le 10ème  anniversaire de la structure, ils vont construire en dur une salle de veillées et de spectacles. On reste dans la droite ligne de l’esprit des années 1950 : l’animation est au cœur des colos. A l’époque ce choix de prioriser l’animation au détriment de davantage de confort en cuisine ou dans les dortoirs était assez novateur et a donné lieu à quelques discussions, mais ce choix est vite tranché par les 2 fondateurs qui concentraient alors tous les pouvoirs. Les veillées spectacles réalisées par les enfants ou les moniteurs font alors leur apparition.

Dans les années 1960 une journée type s’organisait autour de 2 heures d’activités manuelles le matin, d’une sieste « noire » (c'est-à-dire rideaux fermés) de 2 heures en début d’après-midi puis après le goûter, d’un grand jeu de 2 heures dans les forêts voisines. Une fois par semaine on partait pour une promenade-pique-nique par groupes d’âge pour toute la journée de manière à donner quelques heures de congé hebdomadaire aux 2 personnes de la cuisine. Chaque semaine « une grande journée » réunissait l’ensemble de la colo : costumes, scénario élaboré à l’avance, veillée exceptionnelle, etc. Une session de colo durait alors autour de 4 semaines avec les mêmes animateurs qui avaient alors droit à 2 journées de congé sur toute la session. Une certitude : lorsqu’en 2015 on jette un regard en arrière on peut aisément affirmer que ce rythme de vie n’épuisait pas les « moniteurs » (à l’époque un moniteur pour 8 enfants) et qu’ils pouvaient tenir pendant 1 mois. Ce n’est désormais plus le cas. Comme pour une majorité d’activités l’obligation d’augmenter la productivité est passée par là. Nous en reparlerons un peu plus tard. 

Historique - Enfants

1968 : seule révolution à « Notre Dame du Trupt » André Jacquet devenu seul responsable, introduit contre l’avis de toute « l’équipe de maîtrise » composée alors uniquement de grands séminaristes… 2 « monitrices » pour s’occuper des plus jeunes et par ailleurs un moniteur qui n’avait pas été séminariste. Épilogue : 3 ans plus tard le moniteur qui avait mené la contestation, épousait une des deux monitrices.

1970 à 1975 : après le dramatique incendie du 5-7, une boîte de nuit à Saint-Laurent-du-Pont en Isère et qui fit 146 victimes le 1er novembre 1970, les services de l’état s’inquiètent des risques d’incendie notamment dans les bâtiments de sommeil. Ils mettent alors en demeure André Jacquet de supprimer les bâtiments en bois. Dans un premier temps ils acceptent qu’ils soient protégés par de la peinture ignifuge mais par ailleurs exigent des solutions à très court terme. A partir de 1971 et pendant 5 années consécutives des structures en préfabriqué de 18 mètres à 30 mètres de long vont remplacer les chalets en bois. Construites chacune en un week-end par une soixantaine de bénévoles, et financées par toutes une série d’emprunts personnels et d’animations, ces structures vont sauver le domaine et porter sa capacité d’accueil à 150 enfants

20 mars 1972 : André Jacquet crée l’Association Notre Dame du Trupt avec un double objectif : partager plus officiellement les responsabilités avec en tête le souhait de pérenniser la structure, mais aussi… de pouvoir accéder à des financements publics notamment de la CAF et du Conseil Général.

1972 : l’équipe de maîtrise accepte avec de la réticence que la colo deviennent mixte. On est alors dans le contexte post-68. C’est l’âge d’or des colos où l’on va car ses parents y sont allés, où 70 enfants de la session de juillet viennent de la seule commune de Malzéville, où l’on a abandonné le terme de moniteur pour celui d’animateur. On est désormais très loin du fonctionnement rigoureux et du confort plus que relatif des années 1950 et du début des années 1960. Les plus âgés ne savent plus ce qu’est une sieste noire et au fil des années cela va se généraliser au plus jeunes. La notion « d’écoute de l’enfant » s’impose naturellement, de même que l’apprentissage de l’autonomie. Il peut choisir de plus en plus fréquemment l’activité manuelle ou le sport auquel il va participer. En revanche l’Association a toujours refusé de s’inscrire dans la dynamique de « l’enfant roi » tellement à la mode dans la fin des années 1970 et des années 1980.

Les années 1980 : on continue à venir en colo parce que c’est une tradition mais aussi pour retrouver ses copains. S’y ajoute la recherche d’activités nouvelles : premiers ordinateurs à cassettes, la création de films en Super 8 puis en vidéo noir et blanc, puis en couleur, la multiplication des veillées exceptionnelles. Les veillées jeux et chants ont alors totalement disparu au profit de veillées thématiques (casino, son et lumière, radio-crochet, feux d’artifices, jeux de soirées…).

17 août 1984 : outre l’Association du Trupt, André Jacquet animait aussi une autre association, « Les Amis de l’Europe » qui avait pour objectif depuis 1964 d’emmener des ados découvrir en bus et en août un pays européen. Cette année là, 54 jeunes étaient sur les routes de Tunisie lorsqu’un camion dérape et vient heurter de plein fouet l’autocar. André Jacquet et une Animatrice sont tués dans l’accident. L’Association des Amis de l’Europe est dissoute mais en revanche les bénévoles du Trupt se mobilisent. Entre-temps Paul Jacquet le second fondateur est revenu en Lorraine et prend la présidence de l’Association.

1984 : l’ancienne scierie menace de s’effondrer. Deux années seront nécessaires pour mettre au point un projet de reconstruction. Le coût (2,5 millions de francs soit 380 000 €) en est très élevé. Des personnes individuelles se portent garantes d’un emprunt sur 12 ans, on sollicite la CAF et le Conseil Général, on relance kermesses, spectacles, bals au profit de l’Association… et en 1987 le bâtiment est inauguré. L’objectif est atteint grâce aussi à plusieurs milliers d’heures de bénévolat consacrées notamment au démontage de tout ce qui pouvait l’être par des bénévoles, des carrelages aux peintures en passant par une partie de l’électricité…

Les années 1990 : elles sont financièrement difficiles pour l’Association qui doit assumer le remboursement de l’emprunt mais aussi investir dans des mises aux normes notamment dans la sécurité incendie. Dans ce domaine, la multiplicité des bâtiments devient un handicap. S’y ajoute l’obligation d’améliorer le confort de la structure. A l’organisation d’une seconde session de colonie, jumelée à camp d’ados sur place, initiée à la fin des années 1980, s’ajoute la recherche de groupes susceptible de venir occuper nos locaux en dehors de temps de colonie. A ces 2 sources de revenus on ajoute vers 1995 l’organisation d’une brocante alimentée uniquement par des dons. Au fil des années elle s’est développée : nous organisons désormais 2 brocantes par an sur 500 m² d’exposition et qui mobilisent à chaque fois entre 60 et 80 bénévoles.     

Toutefois cela ne suffit pas à assurer la pérennité de l’Association. A très  court terme l’Association ne pourra plus assumer ses engagements financiers avec seulement 7 semaines d’activités par an. C’est pourquoi en 1995, ses responsables décident de prendre le risque de s’engager beaucoup plus résolument dans une dynamique de mise à disposition des locaux du Trupt. Nos cibles sont très variées : groupes sportifs, écoles, associations, familles, stages de formation… Cette dynamique sera très rapidement complétée par un, puis 2 emplois aidés sur le Domaine lui-même pour assumer entretiens intérieurs et extérieurs, accueil de groupe, cuisine, lingerie, etc.

Les 10 années qui ont suivi ces ouvertures de postes sont celles de tous les dangers. En effet il a fallu à la fois s’adapter à l’évolution des attentes en termes de colonies de vacances, développer les accueils de groupes et moderniser la structure.

  • En ce qui concerne les colonies de vacances, avec les années 1990 et plus encore dans les années 2000, l’inscription d’un enfant procède d’une démarche où la fidélité à une structure n’est plus l’élément majeur, mais où il faut convaincre une famille que notre proposition pédagogique est attrayante pour l’enfant tout en restant fidèle à nos propres convictions. La solution passe alors par l’introduction de nouvelles activités qui deviennent des produits d’appels pour les familles. C’est ainsi que nous avons créé un manège et des box pour 8 poneys accueillis sur le site pendant les 2 mois d’été, investi dans une quarantaine de vélos entretenus toute l’année par un bénévole, inauguré il y a une dizaine d’années un espace tir à l’arc et plus récemment ouvert une piscine couverte et chauffée avec un bassin de 72 m² et installé un petit mur d’escalade. Tout cela a dû se faire sans être au détriment de la qualité de l’accompagnement pédagogique. C’est pourquoi depuis 20 ans nous travaillons sur la base d’un animateur ou d’une animatrice pour 5 à 8 enfants selon les âges. Une équipe d’animation pour 160 enfants est constituée de 28 animateurs, 3 directeurs pédagogiques, un directeur auxquels s’ajoutent  un économe, 4 à 5 personnes en cuisine et pour l’entretien, une infirmière, une lingère, etc., soit en tout plus de 40 personnes par session.
  • Trouver, explorer et développer des créneaux permettant d’inciter des groupes à venir dans une structure qui s’équipe petit à petit procède de démarches particulièrement complexes et chronophages. Cela va toujours moins vite que l'on ne l’espérait car cela nécessitait notamment de pouvoir mettre à disposition une structure satisfaisante.
  • Quant à la modernisation de la structure elle s’est traduite tout à la fois par l’équipement de tous les bâtiment existants en chauffage, la création de douches, de lavabos dans les chambres et de WC. En même temps nous avons décidé de l’accueil de handicapés moteur pendant et en dehors des sessions de colonies de vacances ce qui a nécessité des mises aux normes souvent importantes. Et enfin entre 2008 et 2012 deux nouveaux chalets se sont ajoutés à l’ensemble : le bâtiment Chevreuils avec 48 lits et le bâtiment Marmottes équipé de 32 lits sont entièrement aux normes handicapés. Entre-temps s’y est ajoutée l’acquisition de terrains qui a permis à la structure d’atteindre désormais 6 hectares. Mais c’est un évènement tout à fait extérieur à notre propre volonté qui nous a permis de concrétiser ces achats pour une vraie sécurisation du foncier.

En effet le 26 décembre 1999 une tempête ravageait la France et plus particulièrement la Lorraine. Des vents qui semblent avoir dépassé les 200 km/h ont parcouru et dévasté toute la vallée de la Plaine où nous sommes installés. La structure était alors enclavée dans de nombreuses petites parcelles plantées d’épicéas détruits en quasi-totalité. Une fois les parcelles dégagées les propriétaires ont souvent accepté de nous les vendre.

Cet événement dramatique a aussi rapproché l’Association des communes de la vallée. Dans les années 1960, on dénombrait une vingtaine de colonies de vacances dans la Vallée de la Plaine. Nous étions alors un centre parmi d’autres. En 1999, il n’en restait plus que 2. Depuis une dizaine d’années nous sommes seuls. C’est pour cette raison que quelques jours après la tempête, le Maire de Bionville nous invitait à une rencontre avec la communauté de communes et l’ONF où nous décidions de lancer « Les Sylviades ». Un objectif : faire en sorte que les plus jeunes s’approprient davantage leur environnement. Concrètement chaque année la presque totalité des écoles de la Vallée se mobilise autour d’un thème lié à l’environnement. Des intervenants extérieurs du CPIE accompagnent chaque classe qui le désire en avril et mai, des déplacements sur le terrain concrétisent cet éveil à l’environnement et en début juin une journée au Domaine du Trupt rassemble les 500 à 700 enfants qui ont participé à ces temps d’éducation à l’environnement autour de 20 à 30 ateliers différents.

La petite scierie perdue au fond de la Vallée de la Plaine 70 ans auparavant devient alors, le temps d’une journée, le cœur de la vie et à travers ce lieu de rencontre apporte modestement sa pierre à une autre forme de développement local.

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Moyens de paiement

Chèques, cartes bancaires, virements bancaires et aide régionale, départementale, CAF, chèques-vacances. Prise en charge par les CE.